
Du 24 au 26 avril 2019, le Syndicat Marocain des Professionnels des Arts Dramatiques (SMPAD), en collaboration avec la Fédération Internationale des Acteurs (FIA), a organisé à Rabat un atelier auquel ont participé plus de quarante personnes. Cet événement s’inscrivait dans le cadre des projets soutenus par Union to Union en Afrique. La rencontre a réuni une diversité d’acteurs institutionnels, notamment des représentants de plusieurs ministères (Culture, Travail, Santé), de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, ainsi que des associations et syndicats œuvrant dans le secteur artistique.
Profitant d’un contexte politique propice, le SMPAD a intensifié ses actions de plaidoyer auprès des autorités nationales pour faire avancer la cause de la protection sociale des artistes. Cette dynamique collective, en étroite collaboration avec d’autres organisations professionnelles, a contribué à l’amendement de la loi de 2016 relative aux artistes et aux professions artistiques, dont l’article 20 prévoit désormais la mise en place d’un système de protection sociale adapté aux spécificités du métier artistique.
L’objectif principal de cet atelier international était de dresser un état des lieux des dispositifs existants, de faire le point sur les avancées liées à la loi sur le statut de l’artiste, et de définir une feuille de route vers une meilleure couverture sociale des professionnels des arts au Maroc.
Des experts du groupe français AUDIENS, spécialisé dans la protection sociale dans les domaines de la culture et des médias, ainsi que des représentants du Syndicat Français des Artistes-Interprètes (SFA), ont enrichi les discussions. Le partage d’expériences avec la France a permis de dégager des pistes concrètes pour structurer un modèle marocain. Ce partenariat s’inscrit dans un accord de jumelage entre le SFA et le SMPAD, qui favorise l’échange de bonnes pratiques depuis plusieurs années.
À l’issue des travaux, un ensemble de recommandations a été formulé et adopté par les organisations professionnelles marocaines présentes. Parmi ces propositions figurent la mise en place d’un comité de suivi réunissant les parties prenantes (gouvernement, institutions nationales, experts internationaux et syndicats), l’instauration d’un régime et d’une assurance obligatoires pour les travailleurs indépendants, la création d’un observatoire pour réfléchir à un système de couverture complémentaire (notamment pour la retraite), ainsi qu’un fonds de soutien destiné aux artistes dits « pionniers » qui, en raison de leur situation précaire, ne peuvent cotiser. Il est également proposé de garantir un mécanisme obligatoire de prélèvement des cotisations pour les artistes-interprètes, en raison de leur lien de subordination.
L’atelier a également été ponctué de moments d’hommage à ces artistes pionniers – un terme valorisant préféré à celui de « seniors ». Bien qu’ils jouissent d’une reconnaissance nationale, nombre d’entre eux vivent aujourd’hui dans des conditions extrêmement précaires. Ne bénéficiant d’aucun filet social, ils se retrouvent sans ressources une fois leur activité artistique arrêtée. Leur présence à l’atelier, combinée à leur participation dans les médias, a permis de sensibiliser les autorités et l’opinion publique à l’urgence d’une réforme en profondeur de la protection sociale des artistes au Maroc.